Finis Corsicae ?

On se demandera pourquoi ce titre, qui semble en opposition avec celui de notre site, Corsica Futura. Une explication s’impose. Tout d’abord qui sommes nous ? Nous sommes un groupe de Corses que la situation actuelle de leur île désespère et qui a décidé d’exprimer publiquement ce que beaucoup pensent et ne peuvent ou n’osent formuler : la Corse se meurt et les victoires électorales des nationalistes n’y changent rien. Entendons-nous bien, leurs adversaires ne font (ou ne feraient) pas mieux et l’auteur de ces lignes compte de nombreux amis dans leurs rangs, mais ces adversaires, au moins, ne prétendent pas sauver la Corse. Ils décorent leurs affiches électorales de quelques phrases en corse destinées à leur servir de caution auprès d’une opinion insulaire pour l’instant encore sensible à ces thèmes, ce qui d’ailleurs ne saurait durer éternellement en raison, entre autres, du renouvellement des générations et des échanges de populations. Les jeunes insulaires n’auront bientôt plus entendu parler vraiment corse et l’attachement que nous éprouvons pour une langue recueillie de la bouche de nos parents et grands-parents n’aura plus lieu d’être. Quant aux nouveaux venus comment veut-on qu’ils la fassent leur s’ils ne l’entendent pas parler ? La Corse a assimilé bien des gens mais lorsqu’il y avait une société corse, la langue y était parlée quotidiennement et était un objet de fierté pour ses habitants. Le projet d’officialisation de la langue est intéressant, voire indispensable, mais insuffisant, outre qu’il est douteux qu’un gouvernement quelconque l’accepte à brève ou moyenne échéance. En fait, il n’y a pour le moment aucun espoir d’évolution constitutionnelle et d’ailleurs une telle évolution serait-elle envisageable encore faudrait-il s’entendre sur la politique à mettre en œuvre grâce aux nouveaux moyens obtenus.

En attendant il vaut mieux s’interroger sur ce qu’il est possible de faire dans le cadre existant en commençant par les causes de l’échec de la politique actuelle. Elles sont nombreuses mais on peut tenter d’en énumérer quelques unes. Par exemple, l’exiguïté du bassin d’utilisation. Les Corses sont peu nombreux et aucune place n’est accordée à leur langue dans l’espace public et commercial, d’où les demandes d’officialisation qui n’ont, nous l’avons dit, obtenu aucune réponse favorable. Ajoutons la présence écrasante des médias francophones induisant d’ailleurs une culture « parisienne » traduite en corse. Y a-t-il des solutions ? Il est certain qu’il n’exixte pas de remède miracle mais on peut néanmoins esquisser quelques propositions ;

Tout d’abord il faut élargir le champ d’utilisation du corse, dans les domaines institutionnel et économique, certes, et aussi culturel, mais pas n’importe comment, en noyant la Corse dans un méditerranéisme indistinct, comme l’indiquent quelques tentatives partielles et incohérentes, par exemple les liens avec la Catalogne (ou autres) qui, tout en étant des pays de langue romane, ne présentent pas de parenté directe avec la Corse.

En fait, disons tout net qu’il faut se débarrasser des inhibitions vis-à-vis de la langue et de la culture italiennes. Il est absurde de prétendre que le corse est une langue romane comme les autres. Tous les linguistes savent que, non seulement il fait partie des parlers italoromans, mais même qu’il occupe une place centrale par rapport à cet ensemble. La langue et la culture corses ont été façonnées par leur proximité avec la péninsule voisine. Tout récemment encore, quand les Corses étudiaient massivement l’italien comme seconde et parfois première langue (et il n’y a pas bien longtemps, j’ai connu cette époque), quand ils étaient nombreux à écouter les radios italiennes et, pour ceux qui le pouvaient, à suivre les programmes de la télévision italienne (rappelons que jusqu’à une certaine date la télévision française n’avait pas de relais en Corse) tous étaient en mesure de se rendre compte de la proximité des langues. Sans compter la présence de nombreux travailleurs italiens avec lesquels la communication ne rencontrait aucun obstacle. On a bien vu la différence quand sont arrivés les premiers Espagnols ou Portugais. Certains croyaient pouvoir communiquer avec eux comme avec les Italiens,et j’ai moi-même entendu des réflexiosn comme : « Ah, ùnn’è micca listessu ». Le bon sens populaire voyait plus clair que certains intellectuels multipliant les sophismes afin de tournebouler la tête des Corses. D’ailleurs à l’époque lorsque quelqu’un étudiait l’italien il arrivait qu’on lui pose la question : « Tu ne risques pas de le mélanger avec le corse ? »

C’est pourquoi il est urgent d’établir des relations suivies avec les régions italiennes voisines et que l’on arrête de nous ressortir constamment « le fascisme » mort il y a 75 ans. La France collabore avec certaines de ses anciennes possessions coloniales avec lesquels le contentieux est bien plus lourd et plus récent et l’Italie d’aujourd’hui n’est plus celle de 1942.

Pour terminer (provisoirement), et ceci n’engage que moi, j’estime qu’il serait peut-être bon de rappeler à nos nationalistes qui semblent vouloir séduire les instances parisiennes qu’il n’est peut-être pas habile de s’afficher avec les Puigdemont et certains dirigeants basques qui ne peuvent que constituer des repoussoirs non seulement pour le gouvernement français, mais pour tous les gouvernements européens, l’argument pour refuser toute décentralisation ayant toujours été les risques de dérive indépendantiste. En s’alliant avec les représentants d’une région qui a obtenu (grâce à ses luttes, certes) un statut qui serait un rêve pour la Corse, on fait le jeu des centralistes les plus obtus.

Plus généralement on aimerait qu’ils s’abstiennent de porter des jugements dans les domaines les plus divers et sur la politique internationale en particulier comme le font certains d’entre eux. Ils ont été élus pour s’occuper de la Corse et leurs électeurs viennent d’horizons extrêmement différents, ce qui les unit c’est le désir de sauver la Corse dont la destin est bien compromis. Il serait bon qu’ils s’en souviennent.

On trouvera ci-joint deux textes en pdf téléchargeables, l’un en italien (il s’agit d’articles publiés dans la revue A Viva Voce) l’autre qui en contient la traduction française (indispensable de nos jours, hélas). Il manque la traduction de deux articles que je publierai ultérieurement. J’y ai ajouté le texte d’une interview publié par la revue Corsica et un article que j’avais publié dans le Journal de la Corse. Ceux des lecteurs qui trouveront ces textes intéressants sont priés de les communiquer à leurs connaissances.

Paul Colombani

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